Brève : Il a neigé en Antarctique

Alors, oui. Bon. Je sais, pour vous, ça peut sembler évident : l’Antarctique est ce grand continent de glace où il fait froid, où il neige constamment et où les vents soufflent à 200 km/h. Eh bien non. Détrompez-vous donc ! Depuis que je suis arrivée (id est depuis début novembre), il n’avait pas vraiment neigé. Ou alors la neige était passée si vite, soufflée par une tempête, que nous n’avions pas pu en profiter. A part quelques vents assez forts et de la grisaille, la météo était globalement douce et chaude et surtout sans précipitation. D’ailleurs, au moment où j’écris ces lignes, je fais face à la mer (face à la mer), le soleil brille, les oiseaux chantent, il fait -1°C (autant dire qu’on crève de chaud), une légère brise nous apporte un peu d’air frais, mais c’est tout. Parfois, il fait plus froid et le vent glacial venu du continent nous rappelle que ce n’est pas pour rien que l’Antarctique n’est normalement pas habité par l’être humain.

Les manchots eux-mêmes sont étonnés de voir la neige tomber du ciel.

Bref, je m’égare de nouveau, mais voilà donc ce que je vous disais : il y a quelques jours, cas exceptionnel ! il a neigé ! C’était drôlement agréable de voir tomber de la neige douce (près de 8 cm en 1 jour). Les cailloux, recouverts eux-même de manchots et de leurs déjections, se sont nappés de blanc. Je vous laisse les quelques photos que j’ai réussi à prendre avant que mon objectif ne se fasse ensevelir sous les litres de neige féroce.

La neige fond un petit peu sur les cailloux réchauffés par les fientes.

En ce moment, nous avons quelques jours de très beau temps devant nous, et je vais en profiter pour aller faire un tour en bateau sur les iles. Mon prochain article sur le sujet arrive d’ailleurs incessamment sous peu.

Le début de l’ensevelissement des manchots.

La vie sur base (ou présentation non exhaustive et subjective de l’organisation d’une micro-société française d’Antarctique)

Comment vit-on en Antarctique ? Dois-je chasser des phoques pour me sustenter, avant d’aller me réfugier sous un abri rocheux pour passer la nuit ? Ou suis-je dans un hôtel 4 étoile « Le Dumont D’Urville », avec jacuzzi, service de chambre et masseurs disponibles à toute heure de la journée ?

Pour vous répondre, la vérité se trouve vaguement entre ces deux extrêmes.

Merci d’avoir lu cet article et à la prochaine !


Non, je blague, je vais quand même expliciter un peu plus comment la micro-société s’organise ici. Je vais parler de l’organisation humaine, en ce moment (donc pendant la campagne d’été) avant de présenter les bâtiments.

Sur la station, beaucoup de corps de métiers sont représentés. On peut distinguer trois grands groupes : les « techniques », les « scientifiques » et le « reste ».

Les « techniques » constituent l’ensemble du personnel qui permet de faire tourner la station, la rénover et l’améliorer. Ainsi, il y a par exemple : plombier, électricien, menuisier, mécanicien pour véhicules, mécaniciens pour les moteurs de la centrale électrique, mécanicien de précision, charpentiers, ouvriers polyvalents, conducteurs d’engin et d’hélicoptères, des gens pour organiser les chantiers etc etc… Sans eux, nous n’aurions ni eau chaude, ni électricité ni même des bâtiments !

Le personnel scientifique est moins nombreux. On trouve un opto-électronicien (appelé « Lidar » et qui s’occupe aussi de la chimie de l’atmosphère), un informaticien, un électronicien, des glaciologues et des ornithologues (dont je fais partie).

Enfin, le reste est un petit peu plus hétéroclite : nous avons le responsable / maire de la station, appelé « dista » (pour « district Terre Adélie »), le médecin, trois météorologues, deux militaires : un chargé des communications radio, un autre chargé de la Gérance Postale (la « GP » pour les intimes), un cuisinier et un boulanger-pâtissier. Car oui, on n’envoie pas des français à l’autre bout du monde sans boulanger-pâtissier !

Un exemple de ce qu’on a tous les jours. C’est parfois dur de résister à la tentation !

Chaque personne a donc des tâches bien définies mais, souvent, les uns viennent aider les autres (des charpentiers donnent un coup de main aux ornithos, les météos vont aider en cuisine, la cuisine vient aider les ornithos (on a besoin de mains !)). Au niveau du rythme de travail, la plupart des personnes travaillent 6 jours sur 7, avec le dimanche de repos. Les ornithologues n’ont pas le même rythme car les oiseaux ont la fâcheuse habitude de ne pas caler leur cycle sur la semaine de 7 jours, ainsi, mon repos est plus dépendant de la météo que d’autre chose (aujourd’hui, il y a une tempête, je peux donc prendre le temps de publier un article !). Enfin, pour que les cuisiniers puissent se reposer, un jour dans la semaine nous faisons une soirée « restes ».

Pour nettoyer tous les bâtiments, chaque personne, en pair avec une autre, est de «service base» deux à trois fois dans le mois. Il faut alors laver le séjour, mettre la table et servir le repas à table (nous n’avons pas de self, c’est un service à l’assiette, dans les bonnes vieilles traditions françaises), faire la vaisselle, récurer les WC et lavabos et nettoyer le 42. Cette journée est assez remplie car il y a beaucoup à laver, mais elle se fait souvent dans une ambiance bon enfant. Ce qui est difficile c’est quand j’ai du travail ornitho à faire en parallèle, alors là, c’est la course !

Le menu d’aujourd’hui, rédigé par la seconde mécanicienne de la centrale.

Parlons maintenant des bâtiments.

La station, vue du ciel.
©Camille Mermillon

La base a été érigée sur l’ile des Pétrels, un des assez rares endroit de l’antarctique où on peut voir la roche. Avant sa construction, il n’y avait que des colonies d’oiseaux (manchots Adélie, pétrels des neiges, damiers du cap…). Désormais, infrastructures humaines et oiseaux doivent cohabiter sur un même territoire. Il aurait pu sembler logique que, pour limiter le dérangement et l’emprise au sol, la base soit construite d’un seul bloc, comme les nouvelles stations antarctiques. Cependant, à l’époque où elle a été faite, réduire l’impact environnemental n’était pas le souci premier. La base française précédente (Port-Martin) était faite d’un seul bloc et un incendie avait tout brulé. Pour limiter ce risque-là, il a été décidé de faire une station en plusieurs bâtiments, ce qui explique la situation actuelle (qui n’est pas optimale environnementalement parlant). Certains de ces bâtiments sont reliés par des passerelles, qui passent au-dessus des colonies de manchots et simplifient les trajets, qui sinon se feraient entre les éboulis de cailloux ou sur la neige…

Une vue de Biomar, depuis la passerelle qui mène en bas, lors d’un couch-levé de soleil vers 2h du matin.
La cohabitation avec les manchots.

Voici quelques bâtiments dans lesquels je suis amenée à passer ou qui présentent un intérêt particulier :

le 42 : c’est là où le personnel hivernant et quelques campagnards d’été dorment. Les chambres sont petites mais bien aménagées, agréables à vivre lorsqu’on y est seule (on peut y être deux, grâce à des lits superposés dépliables). Les toilettes et douches sont communes. Il y a 4 salles de bain pour 22 à 50 personnes (selon qu’on est en hiver ou en été). C’est le seul bâtiment sur 2 étages. La règle est de ne pas faire de bruit, car il est très mal insonorisé. De plus, certaines personnes travaillent de nuit et dorment le jour, elles apprécieraient donc moyennement se faire réveiller par des portes qui claquent ou des personnes qui parlent trop fort.

le séjour : lieu de vie, restaurant, salle de fête, billard, bibliothèque. Tout est là. Envie d’un apéro ? Un tour au séjour (l’alcool est en plus en libre-service et gratuit ici, mais en quantité limité et contrôlée). Un babyfoot ? Séjour. Grignoter des cookies faits par le pâtissier ? Séjour. Lire une BD dans un fauteuil ? Séjour. Envie de faire pipi ? Séjour. Car oui, la plupart des bâtiments n’ont pas d’eau courante ni de toilettes. Les seuls à posséder le luxe des sanitaires sont le 42, le séjour et.. Biomar !

Biomar : c’est mon lieu de vie, pardon, de travail. C’est l’endroit qui sent fort le vomi de pétrel et la fiente de manchot. C’est le bâtiment des biologistes. Nous avons la chance de posséder lavabos et toilettes, mais le bâtiment est assez petit et bien rempli de matériel en tout genre. Cette année, à cause de la pandémie qui sévit (vous en avez peut-être entendu parler, le corps-au-navire-russe ou quelque chose comme ça), nous ne sommes pas très nombreuses, donc nous avons de la place. J’imagine que lors des saisons d’été habituelles, avec tous les chercheurs qui viennent, l’endroit doit sembler plus étroit.

La vue depuis Biomar

La centrale : c’est là où la magie s’opère. Le fuel est transformé en électricité et l’eau de mer en eau potable. Pour maintenir cette centrale en marche, le personnel technique se relaie jour et nuit afin de surveiller qu’aucune panne ne survienne.

Une des machines de la centrale électrique.

Géophy : c’est le bâtiment des « instrums » : opto-électronicien, informaticien et électronicien. J’y passe assez souvent pour réparer mes antennes de détections et autres appareils électroniques pour manchots. On y trouve la salle de musique et une salle de développement de photos argentiques.

De nombreux autres bâtiments existent, comme les frigos (qui contiennent de quoi se nourrir pendant deux ans), la salle de sport, le garage, la menuiserie, des shelters pour des mesures sismologiques… Mais je ne vais pas tout détailler ! Même moi, je ne connais pas encore tous les bâtiments, tant ils sont nombreux.

Le déplacement via des passerelles donne très vite l’impression d’être dans un jeu vidéo d’il y a 15-20 ans. Cette impression est encore plus renforcée lorsque j’ai des « quêtes » à faire, comme « réparer une antenne ». Il faut alors trouver la bonne personne, dans le bon bâtiment, lui demander de l’aide, et ensuite aller voir encore dans un autre bâtiment pour trouver le bon outil etc, etc.

En ce moment, je suis en train de prendre les rênes de mon programme et c’est vrai que je trouve moins le temps ou l’énergie de me pencher sérieusement sur la photographie et le blog ! Mais je tâcherai de faire au moins un article long et un court par mois 😊

Brève : Des poussins par milliers !

Ca y est, depuis une semaine on entend partout autour de la base de nouveaux bruits. Des petits « piou piou piou » lancés à toute heure de la journée et de la nuit. Les poussins Adélie ont éclos et ils grossissent déjà à vue d’œil !

Un pré-poussin, bien au chaud contre la plaque incubatrice de son parent.

Les manchots Adélie pondent en général 2 œufs. La plupart du temps, un seul poussin arrivera à l’âge adulte.

Un post-œuf, essayant de se lover contre la plaque incubatrice chaude de son parent.

Les parents se relaient tous les un ou deux jours pour couver le poussin et le nourrir par régurgitation.

La petite famille au complet.
Un coucher de soleil sur une colonie d’Adélie. C’est assez bruyant en vrai.

Brève : R1 est là !

Hop, les articles sont de plus en plus concis, mais promis, je prépare un vrai article sur « l’organisation contextuelle d’une micro-société semi-isolée en milieu hostile froid », qui paraitra sans doute à la fin du mois (si les manchots me laissent un peu de répit !)

Un manchot, visiblement étonné du titre du prochain article.

Quoi qu’il en soit, R1 est là ! R1 c’est la 2e rotation du bateau « l’Astrolabe » après la sortie de l’hiver (ne me demandez pas pourquoi la première s’appelle R0, je ne comprends pas exactement le système de dénombrement astrolabesque). Et qui dit bateau dit livraisons ! Livraison de nourriture (en conserve mais aussi des fruits et légumes frais) pour l’ensemble de la base et livraison de colis pour les personnes ayant la chance d’en recevoir ! C’est Noël avant l’heure ! Deux colis m’attendaient à la Gérance Postale et je les ai déballés cet après-midi comme une enfant de 5 ans sous le sapin.

L’Astrolabe, à quai.

Voilà une photo de tout ce que j’ai reçu ! Beaucoup de bonne nourriture à partager (ou à dévorer en cachette, hihihi), et je vais tâcher de garder la plupart pour le long hiver qui nous attend. Je peux affirmer que j’ai été gâtée et que tous ces délices vont participer à maintenir ma santé physique et morale pendant les jours froids et sombres de l’hiver 🙂

L’ensemble des victuailles composant les deux colis que j’ai reçu ! C’est Byzance !

Journal de bord : la « manip empereurs »

Ça y est, les premiers poussins de manchots empereurs commencent à partir en mer, signe qu’il faut commencer notre « manip ». C’est LE gros protocole de l’année qui dure plusieurs jours et où tous les ornithos s’y mettent. Et c’est quoi cette manip  ?

Voici une journée typique de la manip « empereurs».

6h45, le réveil sonne. Une longue journée commence. D’abord, je passe par le « Séjour » (qui est le restaurant et la salle de vie de la station), je me fais un sandwich au fromage (une option végétarienne assez sûre), j’attrape quelques cookies et macarons réalisés la veille par notre pâtissier et je file au labo, en grignotant un quignon de pain qui me servira de petit déjeuner. Je ne suis pas une grande fanatique des petits déjeuners à table, et le temps d’arriver (2 minutes plus tard), j’ai englouti le pain et je suis prête à me mettre au travail.

C’est eux notre travail.

7h30, le matériel est prêt, les quatre ornithos aussi (ou presque). Je mets ma tenue de travail, une veste orange par-dessus mes vêtements. Nos « manipeurs » arrivent. Ce sont des personnes de la base qui sont volontaires pour nous donner un coup de main pour ce travail assez intense. Ils sont trois à venir aujourd’hui (soit un total de 7 personnes avec les ornithos). On vérifie avec eux que tout le monde a bien des vêtements assez chauds, un masque pour les yeux et un tour de cou. Les coups de bec des manchots peuvent être tout aussi dangereux que le froid ! Le masque et le tour de cou limitent les risques de se prendre un bec dans l’œil ou de se faire mordre les joues. Nous prenons tout notre matériel et nous partons sur la banquise, direction la colonie des empereurs.

8h, tout est installé sur la banquise, il y a un peu de vent. Ça risque d’être difficile de travailler dans ces conditions, mais les météorologues nous ont dit que le vent devrait se calmer. Je réexplique aux manipeurs comment va se dérouler le travail, réponds aux questions, et puis on lance la manip pour de bon. Je prends un des pans de l’enclos à poussin. Il doit bien faire 3m de long, 1m de haut et 10-15kg. Avec le vent, ce n’est pas évident à manipuler. Les courbatures des jours précédents se réveillent. Trois autres personnes prennent chacune un pan, et nous allons doucement vers les poussins en bord de colonie. Le but est de réunir une vingtaine de poussins dans l’enclos. C’est un véritable travail de berger. Il faut être attentif à ce que font les poussins, ce que font nos collègues et où on met nos pieds. Une fois les poussins réunis, nous fermons l’enclos et nous prenons notre chaussette percée.

Le regroupement des poussins se fait en douceur.

La chaussette percée est l’élément indispensable pour manipuler un poussin empereur. Mais avant d’utiliser cette chaussette, je passe dans l’enclos et j’attrape délicatement un poussin. Il faut aller vite, mais pas trop, prendre le poussin dans ses bras et le maintenir fermement, mais pas trop. Ses ailerons sont libres et viennent frapper mes avant-bras et mes épaules, là où j’étais déjà couverte de bleus. J’apporte ce gros bébé qui doit bien faire une vingtaine de kilos à la limite de l’enclos. L’autre ornitho lui met alors la fameuse chaussette percée sur la tête, ce qui lui couvre les yeux mais permet au bec de ressortir et lui permet de respirer. Le manchot se calme aussitôt. Ils sont plus tranquilles lorsqu’ils ne nous voient pas.

Une fois enchaussetté, je passe le manchot au manipeur, qui l’amène à la zone de travail, à quelques mètres de là. L’autre ornitho lui place un transpondeur (une petite « puce électronique » comme chez les chats et chiens domestiques), qui nous permettra de le reconnaitre tout au long de sa vie. Auparavant, pour reconnaitre les manchots, on utilisait des bagues en métal, posées à l’aileron. Cependant, des recherches ont démontré que cela impactait négativement la vie des animaux, et depuis, les manchots en France ne sont marqués durablement que par transpondeur électronique. Celui-ci n’a pas d’impact sur leur vie. Je m’occupe des mesures : taille du bec et taille des ailerons. Je donne les chiffres et un des manipeurs s’occupe de les noter, les deux autres se chargent de la contention. Puis je fais une prise de sang, et pendant que je range mes tubes, le manchot est pesé : 23kg ! Je me disais bien que je le trouvais lourd celui-là !! On amène notre manchot un peu plus près de la manchotière, on le marque à l’aide de peinture spéciale pour animaux pour éviter de le recapturer et on le libère. La manip n’aura pas duré plus de 7 minutes en tout. Tout est optimisé pour que le poussin soit manipulé le moins longtemps et qu’il soit le plus calme possible.

Et on recommence un cycle.

Et encore.

Et encore.

10h30, notre enclos est vidé ! Ouf ! Une petite pause bien méritée ! Je grignote un cookie en buvant du thé, devant l’étendue de glace. Un empereur passe à 2m de nous et se pose. Nous l’observons. Il nous observe. Un petit manchot Adélie passe derrière lui en se dandinant.

Un empereur curieux vient nous rendre visite.

10h45, fin de la pause, il fait froid quand on ne s’active pas ! On reprend nos pans d’enclos et on recommence tout. Capturer les poussins, les porter, se prendre des baffes, enchaussetter, mesurer, se prendre des baffes encore, libérer. C’est fatigant, mais très agréable en même temps car j’ai le sentiment que le travail est bien fait. Mes bleus sont de plus en plus sensibles, les courbatures, elles disparaissent au fur et à mesure de la journée.

Midi ! La pause de nouveau. Je mange mon sandwich au fromage. Je suis incapable de reconnaitre quel fromage j’ai bien pu mettre dedans tellement il est froid. Le vent est tombé comme prévu, et les températures sont presque agréables avec 4 couches de vêtements et des gants. Le duvet des poussins vole un peu partout puisqu’ils sont en mue. C’est joli. Je mange un peu de duvet de manchot avec mon fromage. Ce n’est pas très bon.

12h30, on recommence !! Un dernier enclos et on aura fini pour la journée.

15h, ouf ! le dernier poussin repart tranquillement vers ses pairs. On peut ranger tout le matériel et le ramener sur notre ile. Il faut remonter la pente, le matériel est lourd, on est fatigués. Une fois de retour au labo, il faut tout ranger, tout étiqueter, tout nettoyer. Et tout re-préparer pour le lendemain.

Un petit groupe de manchot, près de la mer.

17h, je file à ma colonie d’étude d’Adélie pour marquer des adultes qui seront suivis. Il faut reconnaitre qui est qui, savoir sur quel nid ils sont, se repérer aux cailloux présents… Pas évident après une grosse journée

19h, vite vite vite c’est bientôt l’heure de manger et je n’ai pas encore pris ma douche !

19h15, le repas du soir, mmh des aliments chauds ! Un gratin de légumes !! Ahhh que c’est bon. Je mange la moitié du plat à moi toute seule. Je suis étonnée des quantités de nourriture que j’engouffre ces derniers jours. Il faut croire que je me dépense beaucoup.

21h30 je suis exténuée, je vais me coucher et m’endors comme une souche. Et le lendemain on recommence.

La fin de journée. J’ai hâte de retrouver mon lit.

L’étude des manchots empereurs à DDU est une des seules au monde et nous permet d’estimer la population de Terre Adélie, ainsi que, par les prises de sang, de connaitre les contaminants (comme les polluants ou métaux lourds, voire certains pesticides !) que peuvent rencontrer les manchots adultes lors de leur voyage en mer. On peut aussi estimer le succès de pêche des adultes au travers du poids des petits, mais aussi avoir une idée de ce qu’ils mangent et où ils l’ont pêché (via l’étude des isotopes stables pour celles ou ceux que ça intéresse) !

Mais où suis-je donc ?

Mais, au juste, où suis-je ?

Me voilà donc arrivée en Antarctique pour étudier les manchots (j’imagine que certaines personnes qui lisent ce blog sont incapables de faire la différence entre manchot et pingouin et je compte bien y remédier par le schéma ci-dessous).

Illustration scientifique réaliste des traits phénotypiques permettant de distinguer un pingouin d’un manchot.

L’Antarctique se trouve au pôle Sud, contrairement à l’Arctique qui est au pôle Nord. Une autre différence notable est que l’Antarctique est un continent, recouvert d’une épaisse couche de glace et de neige (environ 1.6 km d’épaisseur) alors que l’Arctique est un océan gelé, entouré par les terres nordiques européennes, asiatiques et américaines. Aucun peuple humain ne réside en Antarctique de façon permanente, seuls des scientifiques et du personnel technique peuvent y venir pour plusieurs mois. Pour continuer sur les animaux qu’on trouve dans ces pôles, autres les primates plus ou moins glabres que nous sommes, voilà quelques espèces emblématiques par hémisphère :

  • Dans les zones polaires du Nord on peut trouver : les ours polaires, les morses, les pingouins (mais pas les manchots !!), certaines espèces de phoques (ceux de la sous-famille des Phocinae), les rennes et autres mammifères terrestres.
  • Dans les zones polaires du Sud on peut trouver : les manchots (mais pas les pingouins), les labbes antarctiques et autres espèces d’oiseaux volants et certaines espèces de phoques (ceux de la sous-famille des Monachinae). Il n’y a aucun mammifère terrestre en Antarctique. Pas de renne, pas d’ours, ni même de bison !
Une colonie de manchots Adélie, sur les cailloux de l’Antarctique.

Je ferai bien sûr un article plus approfondi sur les différentes espèces qu’on trouve en Terre Adélie, mais ça sera pour plus tard, à l’occasion d’une autre tempête, qui me laissera un peu de temps libre pour la rédaction.

L’Antarctique n’appartient à aucune nation. Certaines parties sont revendiquées, d’autres pas. Toutes les revendications sont en tout cas gelées par le traité de 1959, et n’importe quelle nation qui le souhaite peut théoriquement y installer une base scientifique (enfin, il me semble). Cela fait de ce continent de glace une « réserve naturelle consacrée à la paix et à la science ». Je me trouve actuellement en Terre Adélie, un petit triangle d’Antarctique revendiqué par la France. Sa superficie fait quand même 432 000 km² (la France métropolitaine fait 545 000 km² pour comparaison).

Sur cette Terre Adélie, il n’y a que 2 stations scientifiques : Dumont D’Urville (DDU) et Prud’Homme. DDU est sur l’ile des Pétrels, qui fait partie de l’archipel de Pointe Géologie, alors que Prud’Homme est sur le continent. Les deux stations n’ont pas le même but : DDU est à but scientifique (théoriquement) et Prud’Homme est une base logistique pour ravitailler la base de Concordia. Concordia est, elle, une base franco-italienne, en plein cœur du continent, sur un territoire revendiqué par les australiens. Son ravitaillement se fait grâce au « raid », un convoi de tracteurs et camions partant de Prud’Homme. DDU et Prud’homme coopèrent bien sûr, mais ce sont deux équipes différentes sur chaque site.

Une carte un peu plus précise de là où je me trouve, si on zoome au niveau de la côte de la Terre Adélie. Les stations Prud’Homme et DDU sont distantes d’environ 5km.

Pour celles et ceux qui ont réussi à suivre, je suis donc dans l’hémisphère Sud, en Antarctique, en Terre Adélie, dans l’archipel de Pointe Géologie, sur l’ile des Pétrels. Vous savez où envoyer votre pigeon voyageur désormais !

Une vue de ce à quoi ressemble la base, sur l’ile des Pétrels, au plein cœur de la nuit estivale antarctique (je n’aurais pas plus sombre avant un petit bout de temps).

Journal de bord : la débâcle

Je m’essaie ici à un autre format d’article, plus court, qui concernera des sujets ou des évènements ponctuels et remarquables. J’essaierai de continuer les articles plus longs en parallèle, mais il est vrai que faire les photos, le tri des photos, l’écriture, la relecture, le petit dessin, me prend du temps que je n’ai pas toujours.

Ici, donc, je voulais parler de la débâcle qu’on a vécue. C’était la semaine dernière, le bateau (l’Astrolabe) est arrivé pour chercher les partants, à la rotation qu’on appelle « R0 ». Moi, j’étais arrivée une semaine avant par « R0 avion ». On aura plus tard R1 en décembre, R2 en janvier, R3 en février et R4, la dernière rotation du bateau, fin février, avant d’entrer en hivernage pour de bon.

Une vue des icebergs, au loin vers le Nord, avant la débâcle.

Donc, disais-je, le bateau est arrivé, et il se trouve que c’est un brise-glace (une heureuse coïncidence sans doute,  dans ces contrées froides). Pour se rapprocher le plus possible de la base de DDU, il a donc, comme tout bon brise-glace, brisé la banquise. Il faut noter qu’il est capable de briser de la banquise épaisse de 80cm, ce qui n’est pas rien. Et ce faisant, il a laissé derrière lui un sillage d’eau libre (comme on l’appelle, mais en fait, c’est juste de l’eau visible, qui n’est pas sous la glace). Cela a eu pour effet de fragiliser notre banquise, qui s’est mise à bouger et grincer au gré de la houle (je n’ai malheureusement aucune image de ça), et qui ensuite, en moins d’une nuit, est partie au large. Ainsi, moi qui ne voyais depuis 2 semaines que de la glace à perte de vue, je me suis soudainement retrouvée à moins de 20m de l’océan et du bruit des vagues. Et ça fait bizarre. C’est aussi très impressionnant de se dire que les 5km de large de banquise sont partis en moins de 6h. On voit là bien la nécessité d’avoir de bonnes prévisions météo, car on peut être amené à partir loin sur la banquise, et ça serait dommage de se retrouver sur une plaque dérivante. Ce n’est jamais arrivé, mais il faut toujours rester vigilant.

L’Astrolabe se faisant un chemin à travers la glace pour sa première arrivée depuis l’hiver austral.
L’Astrolabe est parti et la banquise aussi.

Bref, j’ai vu ce qu’on appelle la débâcle.

Arrivée en Antarctique.

Arrivée en Antarctique.

Nous sommes le 6 novembre. Il est 3h du matin en Tasmanie et mon réveil vient de sonner. Je sors d’un coup d’un seul d’un sommeil déjà léger. J’attrape mon téléphone portable et je regarde les derniers messages : l’avion a-t-il été encore annulé ou cette fois-ci c’est la bonne ?

Il va falloir s’habituer à devoir mettre 25 cm d’épaisseur en guise d’habits.

Ouf. L’avion est maintenu. Tous les voyants sont au vert pour nous permettre de décoller vers l’Antarctique. A priori. J’ai bien compris que ce continent polaire faisait souvent fi de nos décisions. Il est donc 3h, je suis dans cet état d’excitation fatiguée. Le départ de l’hôtel est prévu à 4h30, mais si je me rendors, je risque de ne pas entendre mon réveil, de rater le bus et de rester à Hobart à vie, non ? Je préfère donc veiller : je m’assois dans le lit et je commence à lire les informations sur l’écran de mon téléphone. C’est bien connu, les écrans, ça empêche de dormir. Je regarde mon écran. Mes paupières sont lourdes mais ma volonté est d’acier ! Mon réveil sonne. Il est déjà 4h10 ! Ouuups, je me suis peut-être finalement un peu assoupie tout compte fait. Je me lève d’un bond, m’habille, choppe toutes mes affaires et je file sur le parking où le bus pour l’aéroport nous attend.  La moitié des gens a déjà enfilé ses vêtements polaires. Je ne sais pas comment ils font, c’est beaucoup trop chaud. On s’entasse dans le bus et on part vers l’aéroport d’Hobart.

Ceci n’est pas l’avion que nous avons pris.
Un panneau spécialement pour nous.

Une fois les contrôles passés, nous prenons l’avion (un Airbus A319), direction l’antarctique. Le voyage va durer 4h, mais nous pouvons aller papoter avec les autres. Un vol très agréable. Nous ne sommes que deux de tout l’avion à n’être jamais allées en Antarctique : l’autre ornitho (Camille de son prénom) et moi.

Pour le trajet : l’avion que nous prenons ne peut pas atterrir directement sur la piste de la Terre Adélie car il est trop gros. Nous faisons donc un premier vol vers la station italienne Mario Zucchelli (MZS pour les intimes), et on en profite pour y déposer les italiens que nous avions embarqués à Rome. Nous prendrons ensuite un autre avion de MZS à Dumont D’Urville (DDU pour les intimes).

Les trajets en avion que nous faisons. 

L’approche de l’Antarctique est un émerveillement, Camille et moi sommes vissées aux hublots. Nous voyons les premières plaques de banquise, les premiers icebergs. Puis nous survolons les montagnes entourant MZS. Et on atterrit. Enfin, on amer-gelérit plutôt, puisque l’avion vient se poser sur la banquise qui est de l’eau de mer gelée. Je ne sais pas si le terme « atterrir » est donc approprié. Il fait -15°C.

La vue depuis le hublot.
Sous cette adorable petite masse rouge se cache en fait ma personne.

Des voitures viennent ensuite nous chercher pour nous mener à la base MZS, qui pourrait être une base lunaire dans Tintin. Elle a été construite tout en conteneurs en 1986, ce qui lui donne son air si particulier extérieur et son aspect très très vieillot intérieur.

Nous passons une nuit dans cet hôtel un peu particulier. La chambre est petite et très mal insonorisée, nous sommes 4 dedans, il fait horriblement chaud, même la fenêtre ouverte, chaque passage de personne fait trembler le sol, chaque murmure est audible… J’espère que DDU n’est pas comme ça, sinon l’hiver risque d’être long. Malgré tout, MZS possède une machine à glace italienne, et j’en ai bien profité ! Tout autour, les paysages sont superbes, mais manquent un peu de vie à mon goût : les manchots les plus proches sont à une heure de marche. Il y a bien un phoque qui traine (caché sous l’eau) et quelques skuas mais c’est tout.

Heureusement, la météo s’améliore, et après une nuit peu confortable, nous voilà repartis dans un avion beaucoup plus petit et non pressurisé cette fois-ci ! On m’a dit qu’il était fréquent d’y faire des malaises et que de l’oxygène était à disposition au cas où. Par chance, notre vol est stable, je n’ai même pas envie de vomir et je peux respirer sans problème. Les variations de températures sont par contre assez importantes et je passe mon temps à retirer et remettre mon gros manteau rouge.

Cette fois-ci, l’avion atterrit, sur le glacier, en Terre Adélie. Je ne suis pas encore à DDU, mais sur une base annexe : Prud’homme. Cette base permet un départ de fret vers la station franco-italienne Concordia, à l’intérieur des terres. Prud’homme est donc sur le continent, tandis que DDU est sur l’ile des Pétrels, de l’archipel Pointe Géologie. Nous parcourons les 5 derniers kilomètres, sur la banquise, en traineau, tiré par un tracteur. Et voilà. Ça y est. Je suis vraiment arrivée en Antarctique, à DDU, en Terre Adélie, ma future maison pour les 14 prochains mois. J’ai vu mes premiers manchots éponymes.

Notre taxi vers DDU.

Manchot éponyme.

Départ vers l’Australie et quatorzaine

Ah, l’avant-départ, ce moment normalement rempli d’excitation, où on fait ses adieux, de grandes embrassades, des fêtes avec tous les potes qu’on ne reverra pas avant 14 ou 15 mois, la tournée des amies, les soirées dans les bars… Disons que, là, la préparation de mon exil polaire a été socialement plus sobre.

À la place d’une période festive, nous avons dû faire un test PCR le 6 octobre en prévision de notre décollage le 14. Nous avons fait un autre test la veille du départ (le 13, donc). Pour celui-ci, l’Institut Polaire avait loué un hôtel à côté de l’aéroport une journée et une nuit et avait trouvé un laboratoire pour nous écouvillonner les sinus directement sur place. Les résultats sont tombés le lendemain, dans l’après-midi, au compte-goutte. Tout le monde était rivé sur sa boite mail, attendant la réponse : partira ? partira pas ? Un test positif signait l’annulation de la mission. Le dernier résultat est tombé juste 30 min avant le décollage de l’avion. Nous étions tous et toutes négatives. OUF !

Selfie de début du vol. Nous avions deux sièges par personne pour limiter les risques de contamination au cas où…

L’ensemble du personnel hivernant et campagnard d’été de DDU et Concordia a donc embarqué à bord du vol charter, affrété spécialement par l’IPEV, direction Hobart*. Pourquoi un vol charter ? Eh bien parce qu’il n’y avait pas de vols commerciaux à ce moment-là. L’Australie avait fermé ses frontières, et même les 25 000 Australiens coincés à l’étranger ne pouvaient pas retourner chez eux. Nous avons eu une dérogation spéciale pour entrer sur le territoire australien. L’Australie est depuis longtemps très liée aux missions antarctiques et elle l’a prouvé une nouvelle fois. L’avion a été assez direct puisque nous avons fait Paris-Rome pour récupérer les Italiens de la base Mario Zucchelli, puis Rome-Colombo (au Sri Lanka), pour un refuel, et enfin Colombo-Hobart. En tout le trajet a pris à peine plus de 24h. Bagatelle, donc.

Mon arrivée à l’hôtel, entourée de militaires, a même été filmée par la presse locale !
© 7news Tasmania

Une fois arrivés, nous avons été accueillis par une équipe tasmanienne constituée entre autres des douanes, de la police et de l’armée, qui s’assuraient que nous respections les gestes barrières et le bon port du masque. Nous avons aussi ensuite été escortés jusqu’à nos hôtels (l’équipe a été scindée en deux, selon notre mode d’arrivée en Antarctique : par bateau ou par avion) pour commencer notre quatorzaine stricte. Le but était de ne pas faire entrer le coronavirus sur le dernier continent du monde qui en est encore indemne : l’Antarctique.

J’ai hérité d’une chambre très confortable, avec même un petit salon. Durant 14 jours, je suis donc restée confinée dans ma chambre, comme mes collègues. Les repas étaient livrés sur le pas de la porte à 7h30, 11h30 et 17h30 pour le repas du soir. Je me suis très vite habituée à ce rythme et à 17h20 mon ventre criait famine. Nous avons été choyés autant qu’il est possible de l’être en quatorzaine, aussi bien par l’Institut Polaire qui avait mis en place des séances de sport par visio-conférence avec un coach sportif breton (comme notre séance était en direct, le matin, il la faisait lui entre minuit et 1h du matin) que par le gouvernement tasmanien qui nous a comblé de cadeaux ou encore les membres du staff de l’hôtel qui ont répondu à chacune de nos demandes. Nous pouvions même sortir 30 minutes dans un petit espace dans la cour pour prendre l’air, sous la surveillance d’un garde. L’armée était aussi présente et faisait des rondes fréquemment.

Moi, en pleine séance de sport par visio-conférence.

J’ai eu de quoi m’occuper sans souci durant toute la quatorzaine, revoyant mes protocoles et procrastinant les différents articles de ce blog, et après les 14 jours et deux nouveaux tests PCR négatifs, j’ai pu sortir au grand air, toujours dans les limites de l’hôtel, bien sûr ! Tout le monde a été testé négatif d’ailleurs, et nous avons pu interagir les uns avec les autres, autrement que par écran interposé. Quel bonheur (enfin, pour moi, pour les autres qui ont dû subir le flux de paroles que j’accumulais depuis 15 jours, peut-être moins, mais en tout cas, ils ne s’en sont pas plaint et chaque personne que j’ai croisée m’a paru très sympathique) !

J’ai pu m’entrainer à la photographie avec l’avifaune locale (dans l’ordre ci dessus : étourneau sansonnet, merle noir, méliphage à gouttelettes, martin-chasseur géant et aigrette à face blanche). L’étourneau et le merle sont des espèces introduites.

L’équipe franco-italienne au sortir du confinement (l’autre partie de l’équipe était dans un autre hôtel).

* Les trajets vers la Terre Adélie se font par avion ou par bateau depuis la Tasmanie ou la Nouvelle-Zélande.

La formation à Strasbourg

Une fois toutes les formalités administratives réglées et les malles envoyées, venait le temps de la formation scientifique. Car, oui, j’avais signé pour un programme (le 137), je connaissais globalement son sujet d’étude, mais dans les détails, je ne savais pas grand-chose. J’ai donc eu 5 semaines de formation à Strasbourg pour comprendre tout ce qu’il fallait faire.

J’étais alors avec mes collègues de Crozet, soit du 137 soit d’autre programmes sur les manchots (comme le 119 ou le 394, des numéros qui, je suis sûre, parlent à tout le monde), et Benoit, un ancien hivernant de Crozet que j’avais déjà croisé lors de mes missions à Kerguelen. Nous avons aussi eu une semaine de formation avec les électroniciens et informaticiens des bases, qui nous aideront sur place à gérer tout le matériel électronique et les logiciels, qui, à ce qui parait, se font un plaisir de tomber régulièrement en panne (le matériel, pas les gens).

Le plan de travail pour comprendre le fonctionnement des systèmes électroniques.

En photo, voilà un petit échantillon de mes collègues Crozétiens, qui ont partagé mon bureau et subit ma maniaquerie du Coronavirus.

Car oui, formation mais formation en temps de Covid ! L’Institut Polaire nous avait bien prévenu que l’on serait testé plusieurs fois et qu’en cas de résultat positif au Covid, on ne partirait pas. L’Antarctique est le dernier continent indemne de Covid, et toutes les mesures (aussi drastiques eut-il fallut qu’elles fussent (je suis très douée en coordination des temps)) ont été prises pour s’assurer de le garder tel quel. Je suis donc devenue maniaque, paranoïaque et masquée en permanence. J’étais pas loin de mettre du gel hydroalcoolique dans mon thé au cas où.

Si j’avais pu vivre toute ma formation dans une bulle de plastique, je l’aurais fait.

Cela ne m’a pas empêchée de tomber malade malgré tout la première semaine (où, je reconnais, je n’étais pas encore au top de ma maniaquerie) avec une bonne sinusite, ce qui a eu comme effet de déclencher une « suspicion Covid » au CNRS. J’ai été isolée avec mes collègues pendant une semaine, et, une fois que nous avons eu nos résultats PCR négatifs, nous avons pu revenir au laboratoire, sous le regard lourd des autres personnes ayant dû subir un écouvillon nasal à cause de cette fausse alerte.

Les mesures anti-Covid ont donc été assez prégnantes tout du long de la formation. Par exemple, on nous a annoncé le 28 septembre qu’il fallait qu’on trouve le vaccin contre la grippe le jour même alors qu’il n’était pas encore en vente (afin de limiter les cas de suspicion Covid, les symptômes grippaux étant proches de ceux du Covid). J’ai donc été démarcher presque toutes les pharmacies de Strasbourg afin de trouver la précieuse dose. On avait été prévenu que toutes les pharmacies avaient déjà les vaccins en stock, mais la plupart niait les avoir reçus (ce que je comprends, pour éviter l’afflux de personnes, mais qui était un peu frustrant, puisque je savais qu’elles me mentaient éhontément). À la fin d’une après-midi fastidieuse, j’ai eu la chance de trouver une pharmacienne compréhensive qui a accepté de passer outre les consignes. C’est finalement un peu grâce à elle que j’écris ce blog aujourd’hui au lieu de me lamenter, confinée à Paris, une bouteille à la main, noyant mon chagrin dans de la bière sans alcool.

En plus de cela, nous avons aussi dû faire 2 tests PCR avant le départ. Mais, ça fera l’objet du prochain article, qui parlera du départ ! Car oui, spoiler alert, je suis finalement partie malgré toutes les embûches. Qui l’eut cru ?

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